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Crafting Apps : 7 alternatives open source développées par IA

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Crafting Apps : 7 alternatives open source développées par IA

Et si l’intelligence artificielle permettait de créer des alternatives crédibles aux logiciels les plus connus du marché ?

C’est le pari d’ArtCraft, qui a dévoilé début octobre 2026 une suite de sept applications gratuites et open source destinées à concurrencer les principaux logiciels d’Adobe Creative Cloud.

Baptisées Crafting Apps, ces applications couvrent la retouche photo, le dessin vectoriel, le montage vidéo, la création graphique et bien d’autres domaines. Leur particularité ? Elles ont été développées avec l’aide de Claude, l’intelligence artificielle d’Anthropic, et leur code a été écrit en Rust.

Un projet ambitieux, qui illustre autant les progrès du logiciel libre que l'évolution des méthodes de développement assistées par l'IA.

Sept applications pour remplacer Adobe Creative Cloud

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La suite ArtCraft se compose de sept logiciels, chacun conçu pour répondre à un besoin couvert par un outil Adobe.

Application Équivalent Adobe Fonction principale
PhotoCraft Photoshop Retouche et composition d’images
VectorCraft Illustrator Illustration et dessin vectoriel
FilmCraft Premiere Pro Montage vidéo
LightCraft Lightroom Gestion de photothèques et développement RAW
PrintCraft Acrobat Consultation et manipulation de PDF
EffectCraft After Effects Effets visuels et animation
DesignCraft InDesign Mise en page et publication

L’objectif est de proposer un ensemble cohérent d’outils couvrant une grande partie des besoins de création numérique, sans abonnement obligatoire ni dépendance à un écosystème propriétaire.

Pour donner un ordre de grandeur, l’abonnement Adobe Creative Cloud Pro est annoncé à 913,54 € par an dans les informations rapportées par Frandroid. Les Crafting Apps sont, elles, gratuites.

Attention toutefois : gratuites ne signifie pas encore équivalentes. Ces applications sont à des stades de développement différents et ne couvrent pas toutes les fonctionnalités des logiciels qu’elles souhaitent concurrencer.

PhotoCraft, le projet le plus avancé

Parmi les sept applications, PhotoCraft semble être celle qui a le plus progressé. Le logiciel propose déjà plusieurs fonctions essentielles à la retouche d’image : calques, masques, styles de calque, outils de texte, formes vectorielles et pinceaux.

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Un point particulièrement intéressant concerne sa compatibilité avec les fichiers PSD de Photoshop. Selon les résultats de tests présentés par le projet, 134 fichiers sur 135 ont pu être réenregistrés à l’octet près. C’est un indicateur encourageant de compatibilité, même s’il ne suffit pas à démontrer que tous les documents Photoshop, notamment les plus complexes, seront pris en charge sans difficulté.

ArtCraft estime que PhotoCraft couvre actuellement environ 60 à 70 % des fonctionnalités de Photoshop. Mais cette estimation doit être relativisée : pour un usage professionnel quotidien, le projet évalue plutôt sa couverture des besoins à 25 à 35 %.

La nuance est importante. Disposer de nombreuses fonctions ne signifie pas nécessairement pouvoir remplacer un logiciel professionnel dans toutes les situations. Les habitudes de travail, les fonctions avancées, les performances et la compatibilité avec les fichiers existants comptent tout autant.

Pour autant, PhotoCraft montre qu’une alternative libre peut progressivement devenir intéressante pour des besoins courants, même si elle ne s’adresse pas encore à tous les professionnels.

Du Rust et des licences libres

Les Crafting Apps sont développées en Rust, un langage de programmation qui met notamment l’accent sur la sécurité mémoire. C’est un choix intéressant face à des langages comme le C ou le C++, dans lesquels certaines erreurs de gestion de la mémoire peuvent provoquer des vulnérabilités.

Ce choix technique ne garantit pas à lui seul l’absence de failles, mais il fournit des mécanismes qui permettent d’éviter certaines catégories d’erreurs.

Les applications sont conçues pour fonctionner nativement sous macOS, Windows et Linux. Leur code est publié sur GitHub sous des licences libres, MIT ou Apache 2.0 selon les projets.

Pour les utilisateurs de Linux, c’est évidemment une bonne nouvelle : ces logiciels ne sont pas présentés comme de simples versions web ou comme des outils réservés à Windows et macOS.

Il reste néanmoins une limite pratique. À ce stade, il faut compiler les applications manuellement. Des installateurs plus accessibles sont prévus, mais aucune date précise n’est annoncée.

Autrement dit, le projet est ouvert et accessible aux développeurs, mais pas encore nécessairement prêt pour une installation simple par le grand public.

Des agents IA qui développent presque en continu

La particularité la plus étonnante du projet est sans doute sa méthode de développement.

Les commits sont cosignés par Claude Opus 5.5, et la feuille de route de LightCraft prévoit de faire travailler plusieurs agents IA en parallèle, avec un fonctionnement continu pouvant mobiliser quatre à six agents.

Le projet rapporte que les quatorze premières étapes de développement de LightCraft ont été réalisées en environ 25 heures effectives, alors que l’estimation initiale se situait entre 110 et 170 heures. Selon ces projections, il resterait encore 65 à 125 heures de travail.

Ces chiffres sont ceux du projet et doivent être interprétés avec prudence : ils dépendent des tâches retenues, des critères de validation et de la manière dont le temps de travail est comptabilisé.

Ils illustrent néanmoins une évolution importante. L’IA ne sert plus uniquement à suggérer quelques lignes de code ou à aider un développeur à résoudre un problème. Elle peut participer à la conception, à l’implémentation et à l'amélioration continue d'applications entières, sous la supervision d'humains.

Cela ne signifie pas que le développement devient automatique. Il faut toujours définir les objectifs, vérifier les résultats, tester les fonctionnalités et corriger les erreurs. La vitesse de production du code ne garantit ni sa qualité ni sa pertinence.

En revanche, cette approche pourrait permettre à de petites équipes de s'attaquer à des projets qui auraient auparavant demandé des moyens humains bien plus importants.

Le code est-il vraiment indépendant de celui d’Adobe ?

ArtCraft affirme avoir développé ses applications selon une méthode dite clean-room. Le principe consiste à réimplémenter un logiciel à partir de spécifications accessibles publiquement et de son comportement observable, sans reprendre directement son code source.

Cette méthode n’est pas nouvelle. Elle a notamment été utilisée dans l’histoire de l’informatique pour recréer des composants logiciels propriétaires sans copier leur implémentation d’origine.

Mais l’utilisation d’une IA soulève une difficulté particulière : comment démontrer que le code généré ne reprend aucun élément provenant du code propriétaire sur lequel le modèle aurait pu être entraîné ?

Donner des consignes strictes à un agent ne suffit pas nécessairement à établir une séparation vérifiable. Le cas de la réécriture de la bibliothèque Python chardet avec Claude, évoqué dans les discussions autour du projet, illustre ce problème : des agents auraient consulté l’ancien code malgré les instructions reçues.

Il faut donc distinguer deux choses : l’absence de copie volontaire du code source et la capacité à prouver juridiquement que l’implémentation est indépendante.

Le fait que le code source actuel de Photoshop ne soit pas publiquement disponible peut limiter certains risques de copie directe, mais ne règle pas toutes les questions. Une méthode clean-room ne constitue pas une protection absolue contre d’éventuels problèmes de brevets, de marques ou d’autres droits de propriété intellectuelle.

À ce stade, Adobe n’a pas réagi publiquement au projet selon les informations disponibles dans l’article de Frandroid.

Une véritable alternative à Adobe ? Pas encore.

Il serait prématuré de remplacer Photoshop, Premiere Pro ou InDesign par leurs équivalents Crafting Apps dans un environnement professionnel exigeant.

Les applications doivent encore gagner en fonctionnalités, en stabilité, en compatibilité et en ergonomie. La possibilité de les compiler ne garantit pas non plus une installation simple, et chaque logiciel doit être évalué séparément.

En revanche, le projet mérite d’être suivi. Il combine trois éléments intéressants : des logiciels libres, des technologies modernes et une méthode de développement assistée par des agents IA capables de travailler sur des tâches complexes.

ArtCraft évoque déjà la possibilité de développer à l’avenir des équivalents à Microsoft Office, AutoCAD ou SolidWorks. Ce sont des ambitions considérables, qui restent à démontrer.

Ce qu’il faut retenir

Les Crafting Apps ne remplacent pas encore Adobe Creative Cloud. Elles constituent plutôt une expérience ambitieuse autour d’une question : jusqu’où une petite équipe peut-elle aller en s’appuyant sur des agents IA pour développer des logiciels complets ?

Pour le monde du logiciel libre, l’enjeu est intéressant. Si cette méthode permet de créer plus rapidement des outils utilisables, multiplateformes et publiés sous des licences ouvertes, elle pourrait faciliter l’émergence de nouvelles alternatives aux logiciels propriétaires.

Reste à voir si la qualité, la maintenance et la maturité suivront le rythme de développement annoncé.

Le projet est à découvrir sur GitHub, en gardant à l’esprit qu’il s’agit encore d’un ensemble d’applications en développement, et non d’une suite professionnelle immédiatement prête à remplacer Adobe.